Les entourloupes de l'état en Guadeloupe

Publié le par Pepshe

14ème jour de grève générale en Guadeloupe. L’île est totalement paralysée.  C’est clair, sous les tropiques, on ne danse plus.

Les guadeloupéens dans leur ensemble sont en train de donner une leçon aux français. Et même si aucun média ne rapporte quoi que ce soit d’approfondi sur ce que j’appelle une insurrection digne et tranquille, le peuple guadeloupéen est en train de prouver aux politiques et aux décideurs économiques que sans le peuple, rien ne se fait.

 

Pas de consommation s’il n’y a pas de consommateurs…

 

Pas de profit si les gens refusent de travailler..

 

Pas d’investissements si la situation sociale est instable...

 

Le cynisme du gouvernement est terrifiant. Pourquoi tant de temps pour réagir et, au final, envoyer Jego en urgence pour régler le problème ? A question simple, réponse simple. On a joué le pourrissement du conflit pour désunir le mouvement puis isoler des « fauteurs de troubles » qu’il serait aisé de stigmatiser voire, en les provoquant, d'arrêter par exemple lors d’une manif qui aurait mal tourné.

Eh bien non ! Le piège n’a pas fonctionné. Le mouvement est pacifique et a gagné pour l’instant cette guerre des nerfs. Jego est arrivé hier et a dû manger son chapeau en annonçant des mesures immédiates donnant raison à certaines revendications du collectif Lyannaj Kont la Profitasyon, ce qui signifie Alliance Contre le Profit. Car nombreuses sont les associations et les syndicats qui se sont mis d’accord sur 150 revendications :

 
Elles sont le résultat du constat de l’échec d’une approche gouvernementale basée sur ce qu’on peut appeler néocolonialisme libéral. Dans un pays insulaire dépendant de la France et de l’Europe mais où le cadre institutionnel ne donne pas de garde-fous et de vrais contre-pouvoirs, les situations de monopole aggravées par la crise conduisent à l’effondrement social et économique de la Guadeloupe.

 

Monopoles ou absence de concurrence réelle de la grande distribution, de l’énergie, des transports aériens, du fret maritime, quasi absence de banques d’investissement, désengagement de l’état sur le plan financier et comme en France, application des lois liberticides et paupérisantes.

 

Vous trouverez la liste des revendications  ICI

 

Toute la contradiction post-coloniale est résumée dans ce mouvement. On répète à l’envi que les guadeloupéens sont des français à part entière et on les néglige alors que leur vulnérabilité est supérieure aux français de métropole à cause de leur insularité et de l’éloignement.

On insiste sur le rôle protecteur de l’état français tout en prônant plus de responsabilités pour les institutions locales et on voit un état se désengager sur le plan financier. L’Europe est censée aider ces régions de son ultrapériphérie et l’élargissement aux pays de l’est l’amène, elle aussi, à se retirer. Dans ces conditions, si les choses évoluent ainsi, pourquoi les guadeloupéens vouerait-il à la France un culte patriotique comparable à celui que recommandent les édiles de l’UMP ?


Sait-on par exemple, qu’un étudiant qui prétend faire des études longues qualifiantes ne peut les faire que s’il a des parents capables de lui offrir et lui trouver de quoi voyager,  payer ses droits d’inscription et vivre à l’extérieur de la Guadeloupe durant ses études?
Avant cela, il aura des concours à passer en métropole et à des dates différentes.. Autant de billets AR Pointe-à-Pîtres Paris à payer...

 

Sait-on par exemple que l’entreprise qui distribue l’essence et le gas-oil a un monopole qui lui permet de vendre 15 à 25% plus cher qu’en France alors que son prix de revient est de 15% moins cher de par la proximité des pays producteurs comme le Venezuela ?

 

Sait-on par exemple que les banques françaises sur place proposent des taux de crédit plus cher qu’en France ? Même chose avec le montant des polices d’assurances !

 

Sait-on par exemple qu’un kilo de tomates est en permanence situé entre 3 et 9 € toute l’année alors que la Guadeloupe en produit tant bien que mal malgré la concurrence des importations par la grande distribution. Habilement, celle-ci propose des produits à peine meilleurs et aligne ses prix juste en dessous de ceux du marché local de petits producteurs qui ont du mal à s’en sortir.

 

Et qu’on ne nous dise pas qu’avec ce que donne la France, ce n’est déjà pas si mal ! Ce serait prendre les guadeloupéens pour des mendiants ou des parasites ! Or c’est justement un combat pour la dignité dont beaucoup disent qu’il est parfaitement légitime.

 

Que le gouvernement actuel et les gouvernements futurs y prennent garde. D’abord, la Martinique, la Guyane et la Réunion surveillent tout cela de près, les problèmes y sont presque les mêmes... Si les peuples se montrent capables de se rassembler par une approche consensuelle de leurs problèmes, le vote outre-mer va compter de plus en plus d’autant que les ultramarins résidant en métropole scrutent tout cela à la loupe. Un jour, on va enfin se rendre compte que l’outre-mer français a un poids et qu’il va l’utiliser.

Le mouvement guadeloupéen est avant tout consensuel, un consensus social et politique qui pourrait faire tâche d’huile.

Ainsi, l’on comprend le silence des médias sur le sujet. Au mépris habituel pour ce qui vient de l’outre-mer, on cherche à éviter la propagation à d’autres régions d’outre-mer, de France et, pourquoi pas, à la France toute entière…


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