La situation de l'emploi se dégrade à vive allure

Publié le par Pepshe



Les superlatifs manquent pour décrire la dégradation spectaculaire du marché du travail en France. En janvier, le nombre des chômeurs a augmenté de 90 200 (+ 4,3 %) pour s'établir à 2 204 500. Du jamais vu depuis 1991, première année de calcul du nombre de chômeurs selon les modalités actuelles. Cette hausse mensuelle efface le précédent record qui datait de novembre 2008 (+ 64 000). Au cours des six derniers mois, Pôle emploi a recensé 296 200 demandeurs d'emploi supplémentaires. Une évolution à l'anglo-saxonne jusque-là inconnue en France, et qui tombe mal pour un chef de l'Etat en chute libre dans les sondages.


L'augmentation historique de janvier, confirmée mercredi 25 février par le ministère de l'emploi et abondamment commentée, résulte d'un triple mouvement : la hausse des inscriptions à Pôle Emploi, la diminution des sorties du chômage et le recul des offres d'emploi (- 30 % sur un an). Elle concerne d'abord les hommes, plus nombreux que les femmes à travailler dans une industrie en récession depuis l'automne. Les jeunes paient aussi un lourd tribut à la crise. La France peine depuis des lustres à leur donner du travail et à maintenir dans l'emploi les seniors. La récession actuelle illustre à nouveau cette fâcheuse exception française.

Les salariés en fin de contrat à durée déterminée (CDD) ou de mission d'intérim, dont les entreprises en difficulté se séparent en priorité, s'inscrivent encore massivement à Pôle emploi. Toutefois, le nombre des entrées en chômage consécutives à des licenciements économiques a sensiblement augmenté au cours des trois derniers mois. (+ 23,5 %). Après les travailleurs précaires, le noyau dur des salariés en contrat à durée indéterminée semble progressivement atteint par le chômage. Les premiers plans sociaux intervenus en 2008 commencent à se lire dans les statistiques du ministère, et cette situation ne peut qu'empirer.

Invité de France 3 dans la soirée, le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez, n'a pas caché la gravité de la situation. Il a indiqué qu'il s'attendait à des chiffres du genre de ceux de janvier "sur plusieurs mois". Sur France 2, en revanche, sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, s'est refusée à tout pronostic chiffré, évoquant simplement une année 2009 qui "sera dure" et "plus difficile, bien entendu" que 2008.

"La situation est extrêmement grave, la France s'enfonce dans une crise sans précédent", a fait valoir la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, qui participait, mercredi soir, à une réunion publique de la fédération socialiste du Nord. Mme Aubry, qui était ministre du travail pendant la récession de 1993, en a appelé "très solennellement" au président de la République pour qu'il "lance un plan massif de relance".

Côté syndical, la CGT a fait état d'un "décalage criant entre la gravité de la crise et les réponses apportées par le chef de l'Etat et son gouvernement", tandis que la CFDT réaffirmait ses "exigences" vis-à-vis de l'Etat. "Les réponses à la crise actuelle doivent revêtir une dimension sociale forte", a observé Annie Thomas, secrétaire national de la centrale syndicale et vice-présidente de l'Unedic (assurance-chômage).


Il y a peu de chances, toutefois, que ses appels soient entendus dans l'immédiat. Frédéric Lefebvre, l'un des porte-parole de l'UMP, s'est félicité, mercredi, de la bonne tenue de la consommation, y voyant la confirmation du bien-fondé de la stratégie du gouvernement. "La détérioration du marché du travail était attendue. Le gouvernement a tous les outils pour y faire face. Il faut désormais accélérer le plan de relance et mettre en oeuvre les mesures proposées par Nicolas Sarkozy au sommet social du 18 février", relève-t-on à Matignon.


L'avenir dira si le gouvernement et le président pourront en rester là si le chômage continue de s'envoler dans de telles proportions. Dans l'immédiat, la détérioration du marché du travail soulève de nombreuses questions. La première tient aux effets, pour l'heure dévastateurs, de la fusion de l'ANPE et de l'Unedic sur les services rendus aux chômeurs : "il existe à l'heure actuelle plusieurs dizaines de milliers de dossiers d'inscription encore en souffrance. Les demandeurs d'emploi sont reçus dans des conditions déplorables, aiguillés vers une plate-forme téléphonique déficiente, plate-forme dont le numéro est en outre surtaxé lorsque les appels ne proviennent pas d'une ligne fixe", accuse la CGT, tandis que la CFDT s'inquiète des risques de retard dans l'indemnisation des chômeurs liés à la surcharge de travail des personnels de Pôle emploi.


La très forte augmentation du chômage depuis l'été n'a pas encore eu d'incidence sur les effectifs de chômeurs indemnisés qui représentent, bon an mal an, 60 % des demandeurs d'emploi. L'Unedic s'attend à voir cette population augmenter de 282 000 en 2009. Pour l'heure, toutefois, le nombre des chômeurs indemnisés est relativement stable : cela s'explique par le nombre élevé de personnes, jeunes en premier lieu, disposant de durées d'affiliation à Pôle Emploi nulles ou trop courtes pour pouvoir être indemnisées. C'est à 234 000 d'entre elles que devrait être versée à partir du 1er avril une prime de 500 euros en application des mesures annoncées par Nicolas Sarkozy. La présidente du Medef, Laurence Parisot, avait déploré, dimanche 22 février, cette annonce présidentielle, estimant qu'on transformait les jeunes en "chasseurs de primes". Au vu des statistiques rendues publiques mercredi et de la situation faite aux moins de 25 ans, le propos apparaît mal venu.

Source: Le Monde

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anglais facile 07/07/2010 11:28


Wow, j\'adore votre site, je vous remercie pour votre aide, et je partage entièrement votre point de vue. Euh voilà tout est dit, oui votre billet est vraiment bien bon, particulièrement pour les
néophytes... PS : Merci encore !


Pepshe 10/07/2010 19:32



Merci beaucoup et heureux que cela vous soit utile :o)